Ecole Supérieure de Musique Franz Liszt Weimar

Ecole Supérieure de Musique Franz Liszt Weimar

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Photo: Maik Schuck

Le chœur de l’Ecole Supérieure

Direction : Professeur  Klaus-Jürgen Teutschbein

Répétitions : tous les lundi 17h00 –19h00 | Bâtiment du cloître Am Palais 4, Saal

Le chœur de l’Ecole Supérieure appartient aux ensembles les plus anciens de l’école – et pourtant, il se renouvelle presque totalement chaque année, car les étudiants n’y prennent part qu’une à deux années d’affilée. Ce chœur se situe à mi-chemin entre professionnalisme et amateurisme dans la mesure où nombre de ses membres ne prennent pas de cours de chant tout en suivant par ailleurs une formation musicale professionnelle. Le travail effectué au sein de ce chœur est depuis toujours totalement intégré à la formation professionnelle des musiciens.

A la fin du 19e siècle, le rôle du chant choral consistait essentiellement à assurer la formation auditive des étudiants (cette matière n’existait pas alors en tant que telle). Cette formation était dispensée aux étudiants de l’école d’orchestre grand-ducale (exclusivement des hommes) depuis sa création en 1872. L’existence d’un chœur mixte digne de ce nom ne devint envisageable qu’en 1879, lorsque fut ajoutée à l’école une section féminine consacrée à l’enseignement du chant et du piano. La participation des femmes à l’interprétation de grandes Œuvres chorales était néanmoins déjà effective auparavant puisque le chef et fondateur du chœur de l’Ecole Supérieure, Carl Müllerhartung, dirigeait également la grande académie de chant de Weimar, enseignait le chant à l’école des filles et devint plus tard chef du chœur de la Stadtkirche de Weimar.

Un ancrage solide à Weimar depuis des décennies

L’objectif artistique de cette formation à la musique chorale fut d’ailleurs pendant plusieurs décennies d’interpréter de grandes Œuvres conjointement avec d’autres chœurs de la région, comme l’avait déjà expérimenté Carl Müllerhartung, en 1873 notamment, avec la création du « Christus » de Liszt à la Stadtkirche. C’est d’ailleurs grâce à cette pratique commune du chant choral que l’école de musique et d’orchestre de Weimar réussirent à s’enraciner dans la vie locale. Le successeur de Müllerhartung aux fonctions de directeur et de chef de chœur mena ce développement jusqu’à son apogée en 1905 et sut s’en servir utilement auprès du ministère d’état pour le bénéfice de l’école : sous sa direction, le chœur de l’école de musique grand-ducale comptait plus de deux cents chanteurs et chanteuses, dont un grand nombre venait de l’extérieur. Le successeur de Degner, Waldemar von Baußnern, décida cependant en 1909 la scission de l’école et du chœur mixte qui continua d’exister sous la forme d’une association indépendante.

Vers 1930, avec la réorientation des objectifs de l’école – qui avait accédé entre temps au statut de conservatoire de musique d’état – autour de la formation de professeurs de musique pour les écoles et de musiciens d’église, la nécessité de posséder son propre chœur et de maîtriser son action artistique revint plus que jamais à l’ordre du jour. Selon les conceptions artistiques en vogue dans les années 1920, il s’agissait bien plus de chanter en commun que de former l’oreille des chanteurs. Le professeur Felix Oberborbeck, jeune directeur de l’école entre 1934 et 1939, lui-même professeur de musique dans une école et chef de chœur, défendit vigoureusement cette idée et sut lui donner un grand impact médiatique, englobant aussi dans sa démarche le chœur mixte de Weimar placé désormais sous sa direction. Fin 1937, tous les chœurs de Weimar se fondirent en un unique « chœur de Weimar », sorte de « mammouth » choral destiné dans l’esprit des dirigeants nazis à accompagner musicalement l’énorme projet architectural du Gauforum de la ville. « La Création » de Haydn fut interprétée en 1938 par 400 choristes dans la Weimarhalle sous la direction d’Oberborbeck. Ce dernier fut cependant mis à l’écart peu de temps après. Il fut remplacé par un musicien encore plus jeune, le directeur général de musique et nazi convaincu Paul Sixt – il avait tout juste 30 ans en 1938 – qui reprit la direction du chœur puis de l’école en 1939.

Des nouvelles doctrines culturelles et politiques

A l’occasion de la clôture des festivités organisées pour les 75 ans de l’école en juin 1947, c’est l’interprétation de « Belsazar », un oratorio d’Haendel, qui permit au chœur de faire ses preuves. Couronné de succès dans ses entreprises et particulièrement apprécié, son directeur artistique, le professeur Wilfried Friedrich, fut pourtant écarté dès 1948 pour insubordination par l’homme fort de l’école, le professeur Hans Pischner. Le chœur poursuivit ses activités sous la bannière des FDJ (Freie Deutsche Jugend) – ce genre de grands chœurs correspondait tout particulièrement aux nouvelles doctrines de la politique culturelle. C’est Günter Fredrich qui s’affirma en tant que chef chœur pendant les décennies de la RDA. Il resta à la tête du chœur du département « éducation musicale à l’école » pendant toutes les années où l`Ecole Supérieure n’eut pas de chœur en propre. Sa « Weimarer Singakademie », fondée en 1964 et constituée d’étudiants et d’habitants de Weimar se vit retirer brusquement les aides modestes qu’elle avait obtenues au profit de la re-création d’un grand chœur à l`Ecole Supérieure en 1974. Ce nouveau chœur était dirigé — tout comme le chœur de chambre — par le professeur Gert Frischmuth puis par un de ses collaborateurs. En février 1981, le chœur s’illustra tout particulièrement dans une brillante représentation de la Graner-Messe de Liszt sous la direction du professeur et directeur général de musique Rolf Reuter. Puis, à partir de la fin des années 1980, son existence fut maintenue pour des raisons plus pédagogiques que réellement artistiques.

Depuis le milieu des années 1990, le chœur connait une réelle renaissance sous la baguette du professeur Klaus-Jürgen Teutschbein, jusqu’alors directeur musical à la cathédrale de Halberstadt. Teutschbein réalise chaque année avec le chœur de bonnes voire remarquables interprétations d’Œuvres habituellement réservées à des ensembles plus solides, notamment « Le Roi David » de Honegger, en 2000. Le chœur de l’Ecole Supérieure accomplit ainsi avec succès son devoir de formation et étend simultanément son aura artistique au delà de l’école — conformément au rôle qui lui est dévolu.

Prof. Dr. Wolfram Huschke